Philippe Méchin : « Un soutien mérité »

Lorsqu’au plus fort de la crise du coronavirus, alors que le bateau France faisait eau de toutes parts, le gouvernement a joué les pompiers de service en accordant à certaines entreprises un prêt garanti à 70 % par l’état. Il a cependant provoqué un certain effet de surprise quant au choix du premier servi.

En effet, alors que chacun pensait que le bénéficiaire prioritaire de grande envergure se nommerait Air France, Renault ou Europcar, tous en grande difficulté, c’est le groupe Fnac Darty qui a décroché le gros lot, avec une somme allouée de 500 millions d’euros. Pourquoi avoir ainsi choisi de soutenir une entreprise de distribution de biens de consommation dont une bonne partie des produits qu’elle commercialise est fabriquée à l’étranger, et tout particulièrement en Asie ? Il est vrai que la question peut légitimement être posée. Pourtant, cette décision n’a rien d’illogique, bien au contraire. Le groupe Fnac Darty est emblématique et dispose d’une aura unique de par son historique et son offre qui s’étend originellement depuis le culturel, en s’étoffant avec l’électroménager via le mariage entre les deux célèbres marques, mais aussi d’autres gammes de produits, allant notamment jusqu’à l’écologie via l’enseigne Naturalia, récemment rachetée. Certes, il ne produit rien, mais existe-t-il aujourd’hui dans notre beau pays beaucoup de grandes entreprises qui fabriquent intégralement dans l’hexagone ? Il suffit de prendre l’exemple des constructeurs automobiles, obligés face à une concurrence impitoyable de délocaliser à tout va. De plus, l’enseigne possède une organisation bien spécifique avec son maillage de points de vente, aussi divers que variés. Le groupe a également procédé à de gros investissements dans le domaine du digital afin de pouvoir se frotter à des concurrents redoutables. Enfin, pourquoi la distribution n’aurait-elle pas droit à des aides sous le prétexte qu’elle ne fabrique rien ? Elle participe activement à la bonne santé du niveau de consommation des ménages et même au moral de la population qui a tant souffert de voir tous ses magasins obligés de rester fermés pendant deux longs mois. Voir ces villes mortes avait quelque chose de déprimant.
Bien évidemment, ce prêt n’est ni un cadeau ni une subvention. Juste un coup de pouce de l’état pour mieux affronter les vents très mauvais qui ont soufflé et qui risquent encore de le faire dans les mois qui viennent. Il faut aussi bien savoir que ce coup de pouce s’accompagne d’efforts importants. Ainsi, le dividende de 1,50 € par action au titre de l’exercice 2019 ne sera pas versé et les salaires du président et du directeur général seront abaissés de 25 %.
Bercy n’a donc jamais eu l’intention de lancer un pavé dans la mare, mais de soutenir une entreprise dont la France peut être fière à juste titre grâce à une histoire hors du commun et une volonté de renouveau dans tous les domaines. Ceci consacre également la distribution française qui se voit honorer comme un acteur essentiel de la bonne marche de l’économie de notre pays, et c’est tout à fait mérité.