Vers un IFA virtuel

Il y eut un CES mitigé au succès, mitigé, voire même en perte de vitesse, puis d’un seul coup plus rien. Un désastre sanitaire aussi violent qu’inattendu s’est abattu sur la planète, faisant à ce jour plus de 2 millions et demi de victimes dont 177 000 n’ont pas survécu, à cette dramatique épidémie, à l’heure ou nous écrivons ces lignes. Il va donc sans dire que la planète en fût bouleversée comme jamais au cours de son histoire avec un effondrement économique jamais vu. Il est bien sûr, inutile de préciser que face à cette épidémie dite de Covid 19, les réunions, conférences et salons ont tous subi les affres de l’annulation pure et simple, voire du report à des dates lointaines. Malgré une gestion allemande remarquable de la pandémie, laquelle semble sous contrôle, le grand salon IFA, dans lequel beaucoup d’industriels du secteur de l’électronique et de l’électroménager espéraient beaucoup, n’échappe pas non plus au couperet de l’annulation sous sa forme traditionnelle. Néanmoins elle se tiendra selon une variante qui cependant ne manque pas de faire réfléchir.

Deutschland über alles

On a beau dire, mais un monde sans salon professionnel, quel que soit le secteur d’activité, provoque un grand vide. Depuis bientôt plus ou moins trois mois, l’absence du moindre rendez-vous déstabilise tous les secteurs économiques et industriels. Cette absence totale de plateforme d’échanges démontre plus que jamais les relations et rencontres d’homme à homme sont indispensables à la bonne marche de l’économie. Souvent critiqués ces derniers temps, quelquefois remis en cause, ils s’avèrent malgré tout indispensables. Certains secteurs y sont plus sensibles que d’autres. Il en va ainsi de celui de l’électronique grand public et de l’électroménager deux domaines où l’innovation est une deuxième nature, à mesure que la technologie progresse à une vitesse folle. Les nouveautés, permanentes, ont besoin non seulement d’être exposées, mais aussi mises en démonstration tant celles-ci sont fascinantes, complexes, déroutantes, surprenantes. Aussi le tsunami qui s’est abattu sur le monde n’a pas épargné cet univers, malgré le commerce en ligne, les démonstrations virtuelles, les tutos.

Aussi, sans nourrir trop d’espoirs illusoires, étions-nous encore un peu confiants quant au déroulement de l’IFA, dans des conditions normales, ou du moins quasi normales. Ceci s’explique par la remarquable gestion par l’Allemagne de cette sinistre pandémie qui continue à faire des ravages sur la planète. Néanmoins, certains pays comme la Corée, le Japon, l’Europe du Nord s’en sortent remarquablement bien, la palme revenant à Taiwan, si proche de la Chine d’où est parti ce coronavirus, et qui à ce jour ne compte que 6 décès. Sur le vieux continent, les résultats sont beaucoup moins glorieux, notamment sur le triangle latin, à savoir Italie, Espagne, France. Nous n’allons pas revenir ici sur les raisons des erreurs et des manquements des uns et des autres, là n’est pas le sujet. Il n’en demeure pas moins que les autorités outre-rhénanes ont pris le problème à bras le corps très vite et sorti l’artillerie lourde avec beaucoup d’intelligence et de sens exceptionnel de l’organisation, sans oublier l’esprit civique de ses habitants. Tant et si bien qu’aujourd’hui, le monde entier s’extasie sur les chiffres, avec un nombre on ne peut plus restreint de victimes, compte tenu de la démographie du pays, de la gravité de la maladie et de la vitesse à laquelle elle se répand en raison de sa contagiosité extrême.

 Pas de faux espoirs

Face à ces statistiques exceptionnelles, nombre d’acteurs et observateurs se sont imaginé que le virus serait définitivement vaincu d’ici la fin de l’été, au moment où théoriquement devait se tenir le salon IFA. Espoirs déçus, car si le pays n’a jamais vraiment été confiné comme nous le sommes, c’est oublier qu’il reste sous haute surveillance avec des règles bien déterminées par le gouvernement jusqu’à nouvel ordre, avec notamment l’interdiction des rassemblements de plus de 5 000 personnes, jusqu’au 24 octobre. C’est oublier aussi que Lufthansa, la compagnie aérienne nationale, a cloué ses avions au sol pour une durée indéterminée. C’est oublier enfin que le ciel allemand reste fermé aux vols commerciaux. Dans ces conditions, il était acquis que le salon prévu du 4 au 9 septembre n’aurait pas lieu dans son format habituel. C’est donc une énième mauvaise nouvelle qui s’abat sur la profession. Elle semble en tout cas sonner le glas de tout espoir de « vrai » salon professionnel du secteur.

Toutefois, les organisateurs ne lâchent pas complètement l’affaire, puisqu’ils viennent de décider de mettre en place un rendez-vous adapté aux conditions si particulières que nous vivons. C’est ainsi que se tiendra, sans modification de dernière heure en termes de calendrier et donc aux dates initialement prévues, un étrange rendez-vous dont à ce jour personne ne peut en dessiner les contours précis. Les dirigeants du salon préparent en ce moment un modèle alternatif spécifique. Néanmoins, le communiqué officiel reste un peu hermétique. « La planification est bien avancée pour un concept qui permettra à l’IFA de remplir ses fonctions essentielles pour notre industrie, en tant que vitrine mondiale de l’innovation technologique et lieu de rencontres important pour les marques, les fabricants, les détaillants, les médias ». Tout ceci ne nous avance guère dans la description de ce que sera cet IFA 2020, et quelle forme il aura. Pourtant en y réfléchissant bien, il apparaît que nous irons très certainement vers des réunions virtuelles en streaming où les fabricants pourront non seulement présenter leurs nouveautés et innovations, mais également procéder à des démonstrations. Gageons que nous aurons également droit à des conférences en ligne, sachant les organisateurs de salons allemands de plus en plus friands de ce genre de réunions, lorsqu’il s’agit notamment de dialoguer avec la presse. Parions aussi sur des rencontres en très petits comités. Toujours est-il que Hans Joachim Kamp, Président du conseil de surveillance de GFU, société organisatrice de l’IFA, a publié un tweet dans lequel il exprime toute sa confiance dans ce que sera cette mystérieuse version 2018. « Nous nous attendions à vivre cette situation étant donné les risques de la pandémie qui peut évoluer à tout moment malgré les signes favorables. Nous avons maintenant un cadre réglementaire précis qui permet à notre partenaire Messe Berlin et à nos exposants de mettre en place des stratégies précises pour cette édition 2020 ».
Voilà donc à ce jour où en est le « salon » IFA. Que va-t-il nous réserver exactement dans les semaines à venir ? Difficile à savoir. Il n’en reste pas moins vrai que sa réussite peut avoir des conséquences importantes sur le concept des salons professionnels « physiques » du moins sur ce secteur particulier de la High Tech. Celui-ci n’ouvre-t-il pas une boite de pandore vers la dématérialisation ? Nous en voulons pour preuve Microsoft qui utilisera cette technologie pour le lancement de tous ses nouveaux produits en 2021. Seul l’avenir le dira, et pour l’instant la visibilité est quasi nulle avec cette cochonnerie de Coronavirus. De la durée de sa menace dépendront bien des choses. Toutefois, nous nous évertuons à croire que les salons où les femmes et les hommes se rencontrent ont encore de beaux jours devant eux. L’expérience du confinement de trois milliards d’âmes est vécue difficilement sur le plan psychologique par beaucoup d’entre eux. L’être humain est un animal social, et si le virtuel lui apporte bien des secours, rien ne remplace le contact.